Un tableau de suivi de trésorerie qui doit consolider vingt fichiers, une clôture mensuelle qui exige les mêmes manipulations, un reporting que l’on remet en forme chaque vendredi : ce sont précisément les situations où générer du code VBA avec l’IA peut produire un gain de temps tangible. À une condition : considérer l’IA comme un assistant de développement sous supervision métier, et non comme une autorité à laquelle on délègue aveuglément ses règles de gestion.
Pour un DAF, un contrôleur de gestion ou un expert-comptable, l’enjeu n’est pas de devenir développeur. Il est de transformer une intention opérationnelle claire en automatisation fiable, tout en gardant la maîtrise du résultat, des données et des décisions qui en découlent. L’IA réduit la barrière technique du VBA. Elle ne supprime ni la nécessité de cadrer le besoin, ni celle de tester, ni celle d’assumer la responsabilité du processus.
Pourquoi l’IA change l’accès au VBA
VBA reste très présent dans les organisations, parce qu’Excel reste l’outil de travail quotidien de nombreuses équipes financières. Malgré ses limites, il permet d’automatiser des tâches proches du terrain : mettre en forme un export ERP, rapprocher des données, créer un onglet par entité, contrôler des écarts ou préparer un dossier de revue.
Le frein habituel n’est pas toujours la complexité de l’automatisation. C’est la traduction du besoin en syntaxe : variables, boucles, plages de cellules, gestion des erreurs, objets Excel. Une IA générative peut proposer cette première traduction en quelques secondes. Elle peut aussi expliquer une macro existante, suggérer une correction ou produire une version plus lisible d’un code devenu opaque avec le temps.
Ce gain est réel, mais il dépend fortement de la qualité de votre demande. Une instruction floue comme « crée une macro pour mon reporting » génère souvent du code générique, fragile ou inadapté à la structure du classeur. À l’inverse, une demande précise permet à l’IA de travailler dans un cadre où votre expertise métier reste centrale.
Générer du code VBA avec l’IA : partir d’un besoin bien cadré
Avant d’ouvrir votre assistant IA, formulez le processus que vous voulez automatiser comme vous le feriez pour confier une tâche à un collaborateur compétent. Décrivez le fichier concerné, les feuilles utilisées, la structure des données, la règle de gestion, le résultat attendu et les exceptions connues.
Prenons un cas simple. Vous recevez chaque mois un export de balance générale. Vous voulez créer une feuille « Contrôles » qui repère les comptes dont le solde dépasse un seuil, applique un format visuel et indique si le total des écarts est cohérent avec un montant de référence. Le besoin ne se résume pas à « analyser une balance ». Il faut préciser quelles colonnes contiennent le numéro de compte et le solde, à partir de quelle ligne démarrent les données, quel seuil appliquer, et ce qui doit se passer si une colonne est absente.
Un prompt utile peut prendre cette forme :
> Écris une macro VBA pour Excel. Dans la feuille « Balance », les données commencent en ligne 2. La colonne A contient le numéro de compte et la colonne D le solde. Crée ou remplace une feuille « Contrôles ». Copie-y les comptes dont la valeur absolue du solde dépasse 10 000 euros. Mets les soldes négatifs en rouge. Ajoute en haut de la feuille le total des soldes copiés. Si la feuille ou une colonne attendue est absente, affiche un message explicite et arrête la macro. Commente le code en français et n’utilise pas de sélection de cellules.
Ce niveau de détail améliore le code, mais surtout il rend visible votre logique. Vous pouvez alors examiner le résultat non seulement comme un programme, mais comme la formalisation d’une règle de contrôle.
Donner à l’IA les bonnes contraintes techniques
Certaines consignes évitent des erreurs fréquentes. Demandez à l’IA de déclarer les variables avec `Option Explicit`, de ne pas utiliser `Select` ou `Activate`, de travailler avec des références explicites aux feuilles et plages, et de prévoir une gestion d’erreurs compréhensible. Demandez également une explication ligne par ligne si vous n’êtes pas familier du VBA.
Il est pertinent d’indiquer votre environnement : version d’Excel, utilisation sur Windows ou Mac, langue des fonctions si le sujet concerne des formules, présence éventuelle de tableaux structurés. Une macro qui fonctionne sur un poste peut échouer sur un autre si elle dépend d’un chemin local, d’un complément installé ou d’une référence externe.
Ne copiez pas dans une conversation IA un export contenant des données personnelles, des informations salariales, des données clients ou des éléments stratégiques non autorisés. Décrivez la structure, anonymisez un extrait ou utilisez des exemples fictifs. La vitesse de production ne justifie pas un relâchement de la confidentialité.
Le code proposé n’est pas encore une automatisation fiable
L’IA peut écrire du code syntaxiquement correct et pourtant mal interpréter une règle métier. Elle peut supposer que la dernière ligne est toujours dans une colonne donnée, ignorer des cellules vides, confondre un format de date ou appliquer un seuil avant plutôt qu’après arrondi. Dans un contexte financier, ces détails ne sont pas des détails.
La bonne pratique consiste à tester la macro sur une copie du fichier, avec un jeu de données réduit dont vous connaissez déjà le résultat attendu. Testez aussi les cas qui dérangent : une feuille vide, un intitulé de colonne modifié, un compte absent, une valeur texte dans une colonne numérique, un fichier déjà traité. Ces scénarios révèlent la qualité réelle de l’automatisation.
Lisez également les points qui structurent la macro : quelles feuilles sont modifiées, quelles colonnes sont lues, quelles données sont effacées, quels calculs sont appliqués et quel message apparaît en cas d’échec. Vous n’avez pas besoin de valider chaque parenthèse. En revanche, vous devez être en mesure d’expliquer la règle exécutée et les effets du programme sur le fichier.
Un cycle court : demander, tester, corriger
L’usage le plus efficace de l’IA n’est pas la génération d’un bloc massif de code censé traiter tout le processus. Il est souvent préférable d’avancer par modules courts. Commencez par importer ou nettoyer les données. Validez. Ajoutez ensuite le contrôle des écarts. Validez de nouveau. Terminez par la mise en forme ou l’export du rapport.
Quand un message d’erreur apparaît, transmettez à l’IA le texte exact de l’erreur, la ligne concernée et le comportement observé, sans partager les données sensibles du classeur. Demandez-lui d’expliquer la cause probable avant de proposer une correction. Cette étape est précieuse : elle vous fait progresser dans votre capacité à piloter l’outil au lieu d’enchaîner des essais opaques.
Sécuriser la macro dans un environnement professionnel
Une macro peut faire gagner quinze minutes par semaine ou affecter une chaîne de production de reportings. Le niveau de contrôle doit être proportionné à cet impact. Pour un outil personnel et réversible, une validation par son auteur peut suffire. Pour un fichier partagé, utilisé à chaque clôture ou alimentant une décision de gestion, la discipline doit monter d’un cran.
Conservez une version de référence du classeur et du module VBA. Documentez en quelques lignes l’objectif de la macro, son périmètre, son propriétaire, les données d’entrée et les contrôles attendus. Nommez les procédures de façon explicite. Une macro appelée `ControleBalanceMensuelle` sera plus facile à maintenir que `Macro1`.
Les macros doivent également être traitées comme un sujet de sécurité. Elles peuvent exécuter des actions non souhaitées et sont souvent bloquées par les politiques informatiques. N’activez pas les macros d’un fichier reçu sans vérification. Évitez les instructions qui écrivent automatiquement sur des emplacements partagés ou envoient des courriels sans confirmation. Si l’outil devient critique, associez la DSI ou la fonction informatique au cadrage, plutôt que de laisser se développer une automatisation parallèle impossible à auditer.
Cette gouvernance ne ralentit pas l’innovation. Elle évite qu’un gain local crée une fragilité collective. Le bon automatisme n’est pas celui qui semble impressionnant en démonstration, mais celui qui reste compréhensible, traçable et réparable six mois plus tard.
Faire de l’IA un levier de discernement, pas un raccourci
L’IA est particulièrement utile pour les tâches répétitives, les premières versions de code et l’explication technique. Elle est moins fiable lorsqu’il faut arbitrer entre des conventions comptables, interpréter une anomalie inhabituelle, apprécier la matérialité d’un écart ou décider de la bonne action à prendre. Ces activités demandent du contexte, de la responsabilité et une lecture humaine de la situation.
C’est là que se situe la vraie augmentation professionnelle. Libéré d’une partie des manipulations mécaniques, le professionnel peut consacrer davantage de temps à la qualité des données, à l’analyse des écarts et à l’échange avec les décideurs. Une macro n’améliore pas, à elle seule, un processus de pilotage. Elle crée de l’espace pour améliorer ce qui compte.
Chez Sherpia, cette logique guide l’intégration de l’IA : la technologie doit amplifier la capacité de jugement et d’action, jamais diluer la responsabilité. Commencez par une automatisation modeste, utile et mesurable. Lorsqu’elle est correctement cadrée, testée et documentée, elle devient moins un morceau de code qu’une nouvelle capacité de votre métier.


